Observatoire des tout-petits

27 avril 2022

L’accès des tout-petits aux soins buccodentaires

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	L’accès des tout-petits aux soins buccodentaires

Reconnue comme un problème de santé publique important, la carie dentaire peut entraîner des répercussions sérieuses sur le développement des tout-petits, même à long terme1.

Malheureusement, il est reconnu que les tout-petits vivant dans des milieux socioéconomiques moins favorisés sont davantage touchés par cette problématique2. Or, l’accès à des soins buccodentaires de qualité permet de réduire son apparition et ses impacts. En ce Mois national de la santé buccodentaire, faisons le point sur la situation de nos tout-petits.

Un risque pour le développement des tout-petits 

Les caries chez les jeunes enfants sont considérées comme étant plus risquées que chez l’adulte puisqu’elles progressent plus vite. Elles peuvent causer une douleur intense, nuire à l’alimentation et au sommeil des tout-petits et, par conséquent, aussi risquer de nuire à leur croissance3.  

La carie peut également causer la perte prématurée de certaines dents et mener à des problèmes de prononciation, de positionnement des dents et même mener à des effets sur l’apparence et la confiance en soi4.  

D’ailleurs, le tiers des interventions chirurgicales chez les enfants d’âge préscolaire a lieu en raison de caries. Il s’agit également de la principale cause d’anesthésie générale chez ce groupe d’âge5. Il est donc important de les prévenir ou de les traiter rapidement6.

 

Des enfants plus touchés que d’autres 

La carie dentaire affecte environ 44 % des enfants dont les parents sont moins scolarisés, comparativement à 21 % des enfants dont les parents sont plus scolarisés selon une étude québécoise réalisée auprès d’élèves de 2e année du primaire7.

L'analyse de cette étude a démontré que les principaux éléments associés à l’accès régulier des enfants aux services dentaires étaient, en ordre d’importance : la date de la dernière visite chez le dentiste de la mère, l’accès à une assurance dentaire, le revenu du ménage et la date de la dernière visite chez le dentiste du père8.

Selon Dre Mélyssa Mckay-Nicole, administratrice pour le conseil d’administration de la Fondation de l’Ordre des dentistes du Québec (FODQ) et responsable du comité du Projet Bouche B, dont la mission est de faciliter l’accès de la population aux soins dentaires, cette disparité s’explique entre autres par le manque d’éducation au sujet de la carie dentaire, certaines mauvaises habitudes et la méconnaissance des ressources disponibles 

Par ailleurs, la pandémie de COVID-19 est associée à une augmentation de l’insécurité alimentaire pour les personnes vivant dans un contexte de pauvreté, ainsi que les familles avec enfants et les jeunes adultes. De plus, elle est liée à une diminution de la valeur nutritive des aliments consommés par de nombreux enfants, entre autres en raison de l’augmentation des collations sucrées9. 

 

Des difficultés d’accès aux soins buccodentaires 

Au Québec, les enfants issus de milieux plus défavorisés, ou ayant des besoins particuliers, rencontrent des difficultés accrues d’accès aux soins dentaires10.

Les enfants âgés de moins de 10 ans qui sont couverts par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) peuvent tous recevoir des traitements dentaires gratuitement. L’Association dentaire canadienne et l’Ordre des dentistes du Québec (ODQ) recommandent d’effectuer le premier examen dentaire dans les 6 mois suivant la première dent ou vers l’âge d’un an 

Or, en 2020, moins du quart des enfants de 0-5 ans (24,2 %) ont consulté un dentiste, ce qui représente par ailleurs une diminution des consultations pour le même groupe d’âge comparativement aux années antérieures (soit 30,6 % en 2016 et 28,3 % en 2006)16. 

Il a notamment été démontré que les parents ayant de faibles revenus sous-utilisent en effet les services dentaires gratuits11. Ainsi, la gratuité des soins dentaires semble une mesure insuffisante, à elle seule, pour que tous aient accès à des soins, peu importe leur statut socioéconomique12.

Le manque de ressources disponibles a également un impact important pour l’accès des enfants aux soins dentaires13. Les enfants ayant des besoins particuliers sont souvent suivis uniquement par des dentistes pédiatriques. De plus, ces interventions dentaires ont plus souvent lieu en centres hospitaliers pour enfants, situés presque uniquement à Montréal14, et sous anesthésie générale15.

Dre Mckay-Nicole souligne que l’un des plus grands défis actuels pour favoriser l’accès des tout-petits aux soins buccodentaires est le manque de dentistes pédiatriques, c’est-à-dire de dentistes dotés de l’expertise nécessaire pour prodiguer des soins aux enfants ne pouvant être traités dans les cabinets de dentiste ordinaires. Les délais d’accès à ces spécialistes sont longs, même à Montréal, ce qui risque d’aggraver les problèmes. En région, la difficulté d’accès est encore plus criante.  

 

Il est possible d’agir 

Certains auteurs soulèvent que les programmes de santé public doivent mieux cibler et répondre aux besoins et réalités des milieux défavorisés17. Les efforts des organisations professionnelles et gouvernementales devraient essayer de mieux comprendre les déterminants socioéconomiques, comportementaux et communautaires qui exercent une influence sur les disparités en matière de santé buccodentaire18. Le plus récent Portrait sur les politiques publiques de l’Observatoire des tout-petits19 recense d’ailleurs des exemples d’initiatives documentées dont le Québec pourrait s’inspirer pour améliorer la santé dentaire de nos tout-petits : 

  • Il est reconnu que la carie est moins présente dans les pays qui offrent une couverture universelle de soins dentaires aux enfants. En Suède et au Danemark, notamment, la couverture universelle inclut des soins préventifs et des cliniques publiques consacrées au suivi annuel des enfants. Au Québec, malgré la couverture de la RAMQ qui offre des soins gratuits pour les enfants de moins de 10 ans, cela n’inclut pas de services préventifs tels que l’application topique de fluorure ni les conseils sur l’hygiène buccale, ce qui pourrait jouer un rôle préventif important. 
  • Une autre piste de solution serait l’adoption d’une politique de fluoration de l’eau. De nombreuses études ont effectivement démontré l’effet bénéfique du fluor pour diminuer les caries dentaires chez les enfants20. Or, on estime que seulement 2 % de la population du Québec a actuellement accès à de l’eau fluorée. Selon les données de 2010, la fluoration de l’eau ne fait cependant pas consensus et seulement 62 % de la population québécoise y serait favorable, un appui qui semble diminuer depuis21.  
L’Allemagne et la Suisse utilisent le sel fluoré (67-85 % de la consommation de sel seraient fluorés) pour lutter contre la carie dentaire. Cette mesure semble d’une efficacité similaire à celle de la fluoration de l’eau.  
  • Au Québec, le Programme québécois de brossage supervisé au dentifrice fluoré est en cours d’implantation dans différents services de garde éducatifs et écoles primaires. L’objectif est qu’il soit offert dans 65 % des établissements dès 2025. Il est estimé que ce programme pourrait réduire la carie dentaire d’environ 40 %. 
  • Les programmes de sensibilisation peuvent aussi aider la santé buccodentaire des tout-petits. Selon Dre McKay-Nicole, l’idéal serait de bien conseiller les mères dès la grossesse et maintenir un suivi continu, notamment afin de faire connaître l’importance de l’examen dentaire annuel des tout-petits et la couverture par la RAMQ.  
  • Les visites annuelles chez le dentiste, dès la première année de l'enfant, permettent de détecter de nombreux problèmes et d’éventuelles complications. À titre d’exemple de programme éducatif, l’outil Mes dents, c’est important ! est une ressource éducative visant à améliorer l’expérience de soins dentaires chez tous les enfants et à faciliter, notamment, les soins buccodentaires des enfants qui présentent un trouble du spectre de l’autisme. 

 

Par Sophie Audette-Chapdelaine 

 

Pour aller plus loin 

En savoir plus sur l'état de santé physique des tout-petits au Québec à travers notre dernier Portrait

Découvrir les politiques favorisant l'accès aux soins buccodentaires dans notre Portrait sur les politiques publiques

 

Références 

[1] Observatoire des tout-petits. Que faisons-nous au Québec pour nos tout-petits et leur famille ? Portrait des politiques publiques – 2021, Montréal, Québec, Fondation Lucie et André Chagnon, 2021 [Portrait des politiques publiques 2021].

[2] Voir notamment : Portrait des politiques publiques 2021; Muirhead, V., et al.,. « Life Course Experiences and Lay Diagnosis Explain Low‐Income Parents’ Child Dental Decisions: A Qualitative Study », Community Dentistry & Oral Epidemiology, vol. 41, no. 1, 2013, p. 13‐21 [Muirhead, 2013]; Maserejian, N.N. « Underutilization of dental care when it is freely available: A prospective study of The New England children’s amalgam trial », Journal of Public Health Dentistry, vol. 68, 2008, p. 139‐148 [Maserejian, 2008]; Paquet, G., et D. Hamel. Shoring up the health of young children at the low end of the social scale in Québec longitudinal study of child development (QLSCD 1998-2002): Québec longitudinal study of child development (QLSCD 1998-2002) – from birth to 4 years old, Québec, Institut de la statistique du Québec, 2005 [Paquet et Hamel, 2005]; Scott, G., et al. « Parental factors associated with regular use of dental services by second‐year secondary school students in Quebec », Journal of the Canadian Dental Association, vol. 68, 2002, p. 604‐608 [Scott et al., 2002]; Brodeur, J.M., et al. Étude 1998-1999 sur la santé buccodentaire des élèves québécois de 5-6 ans et de 7-8 ans, Québec, Ministère de la Santé et des Services sociaux, collection Analyses et surveillance, no 18, 2001 [Brodeur et al., 2001]; Ismail, A.I., et W. Sohn. « The impact of universal access to dental care on disparities in caries experience in children », The Journal of the American Dental Association, vol. 132, 2001, p. 295‐303 [Ismail et Sohn, 2001].

[3] Mckay-Nicole, M., Dre, administratrice pour le conseil d’administration de la Fondation de l’Ordre des dentistes du Québec, leader du Comité du Projet Bouche B et récipiendaire du Prix Implication sociale et communautaire de la Fondation de l’Ordre des dentistes du Québec (2020), échanges par courriel du 31 mars au 12 avril 2022 [Mckay-Nicole 2022].

[4] Portrait des politiques publiques 2021.

[5] Voir Colak, H., et al. « Early childhood caries update: A review of causes, diagnoses, and treatments », Journal of Natural Science, Biology and Medicine, vol. 4, no 1, 2013, p. 29-38 et Portrait des politiques publiques 2021.

[6] Mckay-Nicole 2022.

[7] Voir Portrait des politiques publiques 2021 et Scott et al., 2002.

[8] Scott et al., 2002.

[9] Observatoire des tout-petits. Comment se portent les tout-petits au Québec ? Portrait 2021. Montréal, Québec, Fondation Lucie et André Chagnon, 2021 [Portrait 2021].

[10] Portrait des politiques publiques 2021; Muirhead, 2013; Paquet et Hamel, 2005; Scott et al., 2002; Brodeur et al. 2001; Ismail et Sohn, 2001.

[11] Portrait des politiques publiques 2021 et Ismail et Sohn, 2001.

[12] Portrait des politiques publiques 2021; Maserejian, 2008 et Ismail et Sohn, 2001.

[13] Portrait des politiques publiques 2021 et Mckay-Nicole 2022.

[14] Mckay-Nicole 2022.

[15] Portrait des politiques publiques 2021.

[16] Portrait 2021.

[17] Maserejian, 2008 et Ismail et Sohn, 2001.

[18] Ismail et Sohn, 2001.

[19] Portrait des politiques publiques 2021.

[20] Mckay-Nicole, 2022; Canadian Agency for Drugs and Technologies in Health. « Community Water Fluoridation Programs: A Health Technology Assessment – Review of Dental Caries and Other Health Outcomes », CADTH Technology Review, no 12, 2019.

[21] SOM Recherches et sondages. Évaluation portant sur les campagnes sociétales de 2009-2010 destinées aux 25 ans et plus (volet quantitatif), Rapport final présenté à la Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux, 2010.