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7 décembre 2022

L’insécurité alimentaire en 2022 : constats alarmants pour les tout-petits et leur famille

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	L’insécurité alimentaire en 2022 : constats alarmants pour les tout-petits et leur famille

Alors que l’augmentation du coût de la vie inquiète la population québécoise, les données récentes du Bilan-Faim 2022 et du rapport 2022 de la Fondation Olo font état d’une situation d’insécurité alimentaire plus alarmante que jamais au Québec.

Face aux coûts à la hausse, le budget alimentaire familial est plus facile à restreindre que d’autres dépenses essentielles, telles que le logement, qui ne permettent pas une telle « compression ». L’augmentation du prix des aliments a également profondément modifié les habitudes alimentaires des familles en situation de vulnérabilité économique. On note entre autres une réduction de la consommation de fruits, de légumes et de l’essai de nouveaux aliments, ainsi qu’une augmentation du recours aux banques alimentaires.

Des données préoccupantes

Depuis 1989, le Bilan-Faim produit un rapport annuel révélant les données socioéconomiques recueillies par 1200 organismes à l’échelle de la province. Si l’insécurité alimentaire des familles se trouvant en situation de précarité n’est pas un phénomène nouveau au Québec, les données 2022 sont particulièrement inquiétantes :

  • Les demandes d’aide alimentaire d’urgence ont augmenté de 20 % depuis l’an dernier.
  • 62 % des organismes d’aide alimentaire ont indiqué avoir manqué de denrées alimentaires à distribuer et avoir des problèmes d’approvisionnement et de main-d’œuvre, alors que la demande est beaucoup plus importante qu’à l’habitude.
  • Le réseau des banques alimentaires du Québec a reçu jusqu’à 2,2 millions de demandes d’aide en un seul mois, le nombre le plus élevé jamais enregistré.
  • Parmi les bénéficiaires de cette aide alimentaire au Québec, plus du tiers sont des enfants (34%).

Le dernier rapport de la Fondation Olo est basé sur les données d’un sondage réalisé en octobre 2022 auprès d’environ 200 intervenantes travaillant étroitement avec des femmes enceintes et des familles vivant en situation de précarité́ économique au Québec.

Bien que la précarité économique ait toujours été un point commun des familles bénéficiant du programme Olo, la situation actuelle est plus alarmante qu’avant au point de pousser de nombreuses familles à devoir se priver plus fréquemment de nourriture afin de répondre aux autres dépenses essentielles :

  • Les données du sondage de la Fondation Olo laissent croire qu'au moins 11 500 femmes enceintes québécoises seraient actuellement admissibles au suivi Olo cette année, comparativement à 7 000 dans les années précédentes.
  • Se nourrir est actuellement une préoccupation « présente » pour 82 % des femmes enceintes à faible revenu et « très présente » pour 17 % d’entre elles.
  • Les données recueillies démontrent également que de nombreuses femmes enceintes du Québec doivent désormais choisir au quotidien entre se nourrir elles-mêmes, et donc l’enfant à naître, ou nourrir ses enfants déjà nés.
« La situation économique actuelle est telle qu’elle rend quotidien un dilemme intenable : au Québec, des parents qui attendent l’arrivée d’un enfant dans un contexte d’insécurité alimentaire sont amenés malgré eux à choisir parmi leurs enfants celui qui bénéficiera de l’apport nutritif de précieux aliments. » Élise Boyer, directrice générale de la Fondation Olo

Quelles sont les causes principales de l’insécurité alimentaire ?

Parmi les causes principales de l’insécurité alimentaire, le rapport de la Fondation Olo mentionne les revenus insuffisants (pour 77 % des familles), la nécessité d’affecter une trop grande part du budget au logement (pour 61 % des familles), ainsi qu’un environnement familial qui empêche de développer ou de mettre en œuvre de saines habitudes alimentaires (pour 56 % des familles). Ceci peut être en raison, par exemple, de problématiques de santé mentale, de violence conjugale ou de situations de dépendances.

Quelles sont les pistes d’action proposées ?

Selon la Fondation Olo et le Bilan-Faim, il est essentiel de développer des solutions pour améliorer la situation actuelle. Parmi celles qui sont proposées, les politiques publiques et actions concrètes doivent prioritairement :

  • viser la réduction des inégalités économiques, puisque le revenu insuffisant est la première cause de l’insécurité alimentaire au Québec;
  • améliorer le filet social des familles;
  • favoriser l’accès à des logements abordables et de qualité;
  • tenir compte de la réalité des tout-petits;
  • reconnaître l’importance des mesures de prévention visant la petite enfance et l’impact de la petite enfance sur le reste de la vie de l’individu;
  • soutenir les organismes d’aide alimentaire qui subissent actuellement des problèmes d’approvisionnement, de main-d’œuvre et de bénévoles, d’infrastructures, etc.

 

Par Sophie Audette-Chapdelaine

 

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