Observatoire des tout-petits

	Le manque de ressources professionnelles pour les tout-petits : bilan en temps de pandémie
2 septembre 2021

Le manque de ressources professionnelles pour les tout-petits : bilan en temps de pandémie

La pandémie de COVID-19 a amplifié le problème du manque de ressources professionnelles pour les tout-petits. À titre d’exemple, 11 400 enfants seraient actuellement en attente de services d’orthophonie au Québec. Face à une hausse des besoins liés à la pandémie, quelles pistes de solution sont envisageables ?

Au Québec, les tout-petits ont en théorie accès à des services professionnels de qualité pour répondre à leurs besoins et soutenir leur développement. Ces services incluent entre autres l’ensemble des ressources offertes aux enfants et à leurs parents par le biais d’organisations dans les domaines de la santé, des services sociaux, de l’éducation, ainsi que les organismes communautaires et les haltes-garderies. Psychologues, orthopédagogues, orthophonistes et psychoéducateurs entrent notamment dans ces services professionnels jugés essentiels pour accompagner les enfants du Québec qui en ont besoin à un moment ou un autre de leur développement.

Un manque de ressources professionnelles

Malgré les engagements d’investissements importants, tant financiers qu’en nombre de professionnels, il y aurait actuellement près de 11 400 enfants en attente de services d’orthophonie au Québec, une attente souvent longue de plusieurs années, selon une enquête du Devoir menée auprès d’une vingtaine de CIUSSS et de CISSS. La surcharge est telle que même le secteur privé n’est parfois plus en mesure de répondre à la demande de la population.

Notre Portrait des politiques publiques rapporte également que, selon une recherche sur l’accès aux services orthophoniques au Québec, « les services de dépistage, d’évaluation et d’intervention pour les enfants dysphasiques étaient limités. Cette recherche montre aussi des problèmes de communication et de coordination entre les écoles et les établissements de santé ainsi qu’une variabilité des services entre les régions du Québec. Devant ces problèmes, la majorité des parents ayant participé à la recherche disait se tourner vers des services privés, ce qui implique des coûts importants. »

Toujours selon notre Portrait, « le délai moyen d’accès pour un service spécialisé chez les enfants de moins de 5 ans présentant un trouble du spectre de l’autisme a connu une diminution depuis 2016-2017, passant de 231 jours à 177 jours en 2018-2019. Ces délais demeurent malheureusement encore très loin des cibles fixées pour 2020, qui sont de 90 jours. » 

Un problème exacerbé par la pandémie

La pandémie de COVID-19 a par ailleurs amplifié ce problème, notamment en exacerbant les besoins relatifs à la santé mentale chez les tout-petits. La récente synthèse des connaissances publiée par l'INSPQ sur les effets de la COVID-19 sur les enfants met par exemple en évidence une augmentation de l’anxiété, des troubles de l’humeur et de l’irritabilité chez les enfants d’âge préscolaire

Ce manque de ressources professionnelles a des effets sérieux pour les enfants. Paul-André Gallant, président de l’Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec, souligne que les délais actuels dans l’offre de services professionnels risquent de causer des séquelles irréversibles pour les enfants en attente de services.

Quelques pistes d'actions prioritaires

Les quatre pistes d’actions suivantes ont été soulignées par l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec ainsi que lors du Colloque de l’ACFAS présenté par le Laboratoire de recherche Grand-ir, en mai dernier.

  • Les différents ordres professionnels, organismes communautaires et paliers de gouvernement, doivent travailler conjointement (c’est-à-dire à la fois de manière interdisciplinaire, concertée, intégrée et collaborative) afin de développer des solutions d’amélioration de qualité et d’accès aux services professionnels.
  • Reconnaitre le lien inséparable entre la communication et la santé mentale, et éviter tout travail en silo à cet égard.
  • Intervenir précocement, en particulier auprès des populations plus vulnérables qui sont également les plus touchées dans le contexte de la pandémie.
  • User de prudence lors d’évaluations. Les problèmes d’accès, de qualité des services ainsi que les difficultés individuelles d’un tout-petit ne doivent en aucun cas être réduits à l’impact de la pandémie. Un grand nombre d’enjeux et problématiques fondamentales étaient mis en évidence antérieurement.

Références :

 

Par Sophie Audette-Chapdelaine

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