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8 mai 2020

Coronavirus : Les tout-petits plus à risque de maltraitance. Entretien avec Sonia Hélie

Le point

Alors qu’on ne mesure pas encore toutes les conséquences de la pandémie de la COVID-19, la chercheure Sonia Hélie s’inquiète grandement de la situation des tout-petits vulnérables depuis le début de la crise, car ces derniers se trouvent dans des situations de grande précarité en raison du confinement. 

Sonia Hélie (Ph.D.) est chercheure à l'Institut universitaire Jeunes en difficulté du CIUSSS-Centre sud de l'Ile-de-Montréal, professeure associée à l'École de travail social de l'Université de Montréal et à la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke.

De quelle manière la période de confinement risque-t-elle de toucher les tout-petits vulnérables?

En temps normal, l’écosystème dans lequel évoluent les enfants est complexe : il comprend leur famille, mais également leur milieu de garde, les membres de leur communauté et, plus largement, la société elle-même. En période de confinement, alors que les contacts extérieurs sont restreints au minimum, tout est bousculé. Il ne faut pas minimiser l’importance du réseau qui gravite habituellement autour des familles! Il est la soupape de beaucoup de parents et permet de désamorcer bien des crises…

Un parent plus stressé, même s’il est plein de bonnes intentions, aura nécessairement plus de difficulté à gérer sa colère ou à faire preuve de patience avec son enfant. Plus de difficulté aussi à pouvoir répondre à l’ensemble des besoins de son tout-petit, que l’on parle ici des besoins nutritionnels ou des besoins d’attention par exemple.

Qui plus est, le filet social qu’on essaie habituellement de mettre en place — et que représentent les garderies et les écoles — n’existe plus ; les enfants dans des situations à risque sont donc complètement seuls. Il semble d’ailleurs y avoir une baisse du nombre de signalements en ce moment. Cela ne veut toutefois pas dire que les enfants sont plus en sécurité, au contraire, mais plutôt que ça se passe derrière des portes closes, sans témoin. C’est une situation extrêmement préoccupante et on ne pourra vraiment en mesurer les conséquences qu’au sortir de la période de confinement.

On doit également garder en tête que, généralement, très peu de parents passent autant de temps avec leurs enfants dans un espace restreint. Ce n’est pas quelque chose de nécessairement naturel. Alors si en plus on ajoute à cela le stress accru engendré par la situation exceptionnelle que l’on vit, une nouvelle précarité financière, une obligation de concilier les heures de travail aux responsabilités familiales… c’est un cocktail explosif. Les facteurs de risque sont vraiment exacerbés par la crise actuelle. Or, un parent plus stressé — même s’il est plein de bonnes intentions — aura nécessairement plus de difficulté à gérer sa colère ou à faire preuve de patience avec son enfant. Plus de difficulté aussi à pouvoir répondre à l’ensemble des besoins de son tout-petit, que l’on parle ici des besoins nutritionnels ou des besoins d’attention par exemple.

Il faut que le système fasse preuve d’agilité et adapte les modes d’intervention durant la crise ; dans bien des cas, on ne pourra pas attendre après.

Et c’est sans compter les parents qui ont des vulnérabilités de santé mentale. Ont-ils accès aux mêmes services que d’habitude ? Est-il aussi facile pour eux d’avoir accès à leur médication ? Leur médication est-elle ajustée en fonction des nouveaux facteurs de stress qu’ils vivent? Il le faut, parce que sinon c’est à la maison que l'on verra des répercussions.

Qu’en est-il des enfants qui sont déjà pris en charge par le système?

La situation est également préoccupante pour les enfants qui ont déjà été retirés de leur milieu familial. Il faut prendre en considération que, dans certains cas, la distanciation sociale mène à un arrêt temporaire des contacts de l’enfant avec son ou ses parents biologiques. Or, dans certains cas, ces contacts étaient bénéfiques. La situation actuelle ne va pas aider les réunifications familiales, c’est certain... Ce qui est sûr, c’est qu’il faut que le système fasse preuve d’agilité et adapte les modes d’intervention durant la crise ; dans bien des cas, on ne pourra pas attendre après.

 

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