La réalité méconnue des parents proches aidants de leur tout-petit
Douze jours. C'est le nombre de jours de travail que perdent en moyenne les parents d'enfants de 0 à 5 ans chaque année au Canada1. Tout un défi de conciliation famille-travail ! Mais lorsque ce parent est aussi proche aidant d’un enfant ayant besoin de soutien particulieri, la conciliation se complexifie encore davantage.
C’est notamment cette réalité que met en lumière le plus récent sondage de Concilivi, une initiative du Réseau pour un Québec Familleii. Réalisé auprès de travailleurs et de parents d’enfants de 0 à 17 ans, ce sondage révèle une réalité particulièrement complexe et encore méconnue, celle des parents proches aidants de leur enfant ayant besoin de soutien particulier.

Bien que les résultats du sondage ne permettent pas d’isoler la situation spécifique des parents d’enfants de 0 à 5 ans ayant besoin de soutien particulier, les connaissances existantes suggèrent que ces parents rencontrent plusieurs difficultés sur le plan de la conciliation travail-famille durant cette période.
Une réalité encore méconnue
Au-delà des responsabilités parentales déjà exigeantes durant la petite enfance, les parents de tout-petits ayant besoin de soutien particulier assument des responsabilités supplémentaires, comme :
- la gestion des soins et de la médication
- la quête d’un diagnostic
- la coordination de rendez-vous et de suivis auprès de nombreux intervenants (CLSC, spécialistes, professionnels de la santé et des services sociaux, milieux de garde, etc.)
Cette réalité place de nombreux parents dans une situation de proche aidance, souvent sans qu’ils se reconnaissent eux-mêmes sous cette étiquette qui demeure plus souvent associée à l’aide destinée aux personnes aînéesiii.
Naviguer à travers ces différentes responsabilités devient presque un travail à temps plein. Pour certains parents, cette charge s’apparente à la « gestion d’une petite PME », explique Véronique Lizotte, coordonnatrice de la Table de concertation pour l’inclusion en services de garde de Montréal (TISGM), un organisme ayant pour mission de favoriser l’inclusion des enfants ayant besoin de soutien particulier dans les services de garde à Montréal.
D’ailleurs, l’accès à des services de garde éducatifs à l’enfance de qualité constitue une condition essentielle à la conciliation famille-travail des parents d’enfants ayant besoin de soutien particulier.
Toutefois, comme l'explique Véronique Lizotte, obtenir une place dans un service de garde éducatif à l’enfance peut s’avérer encore plus difficile pour ces familles. Le processus est souvent long et complexe. Des parents rapportent faire face à des refus d’admission dans les milieux de garde, notamment en raison d’un manque de soutien pour répondre aux besoins de leur enfant, du manque de ressources, qu’elles soient financières ou humaines, ou encore parce que le milieu accueille déjà un nombre élevé d’enfants ayant besoin de soutien particulier, diagnostiqués ou non.
Une conciliation famille-travail encore plus difficile
Les absences répétées pour les rendez-vous, la gestion des imprévus comme les hospitalisations et la difficulté à maintenir un horaire stable poussent plusieurs parents d’enfants ayant besoin de soutien particulier à réduire leurs heures de travail, voire à abandonner temporairement ou définitivement leur emploi.
Au-delà des conséquences financières liées à la perte de revenus, ces contraintes placent les parents dans une position vulnérable vis-à-vis de leur employeur et de leurs collègues, qui ne saisissent pas toujours l’ampleur de leurs responsabilités, explique Corinne Vachon Croteau, directrice générale du Réseau pour un Québec Famille.
Cette conciliation famille-travail entraîne un niveau élevé de stress et d'épuisement, selon Véronique Lizotte. La pression constante pour répondre simultanément aux besoins de l'enfant et aux exigences professionnelles fragilise la santé mentale et physique des parents ainsi que l'équilibre familial dans son ensemble.

Un parent à bout de souffle passe souvent moins de temps de qualité avec son enfant et peut avoir plus de difficulté à gérer ses émotions et à décoder les signaux de celui-ci, ce qui l’empêche de répondre adéquatement à ses besoins. Le stress parental, en créant un sentiment d'insécurité et un environnement moins propice aux apprentissages, peut ainsi nuire à l'acquisition du langage, aux compétences sociales et à l'autorégulation émotionnelle de l'enfant2.
De multiples solutions pour une diversité de besoins
Il existe plusieurs solutions pour soutenir ces familles. Par exemple :
Du côté des employeurs
Corinne Vachon Croteau rappelle qu’il existe une panoplie de mesures : aménagement d’horaire, télétravail, poste à responsabilités partagées, plan de contingence, bonification des congés, etc. Elle explique que même si près de 90 % des employeurs offrent au moins une mesure de conciliation, leur efficacité dépend de l’existence d’une démarche structurée, arrimée aux besoins réels des travailleurs.
Sonder régulièrement le personnel est une pratique à encourager selon elle, car cela permet de mieux comprendre les réalités familiales souvent changeantes et d’adapter les mesures en conséquence. Une communication claire auprès de l’ensemble des employés permet de bien les informer des mesures disponibles et d’éviter le stress lié à la négociation individuelle.
Selon le sondage mené par Concilivi, parmi les parents d’enfants de 0 à 17 ayant besoin de soutien particulier :
- 68 % rapportent ressentir un stress important lorsqu’ils doivent demander des accommodements
- 87 % affirment que le télétravail facilite la conciliation travail-famille.
- 84 % de ceux qui ont changé d’emploi au cours des deux dernières années l’ont fait dans l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de travail, mieux adaptées à leur réalité familiale. Pour 44 % d’entre eux, il s’agissait de la raison principale.
Du côté des politiques publiques
Au Québec, un obstacle demeure sur le plan juridique : la situation familiale n’est pas reconnue comme un motif prohibé de discrimination dans la Charte des droits et libertés de la personne. Sans cette reconnaissance, les parents ont peu de recours juridiques pour obtenir des aménagements ou se protéger contre la discrimination.
Reconnaître la réalité des parents proches aidants de tout-petits, c’est reconnaître que la conciliation famille-travail ne peut reposer uniquement sur des ajustements individuels. Elle exige des milieux de travail, des services et des politiques publiques adaptés à la diversité des réalités familiales.
Pour aller plus loin
- Consulter le plus récent sondage de Concilivi sur la conciliation famille-travail
- Consulter le rapport de l’Observatoire des tout-petits sur les enfants ayant besoin de soutien particulier
- Consulter le guide de Concilivi sur les besoins évolutifs des travailleurs et travailleuses en conciliation famille et travail
- Consulter les ressources et les outils pour les personnes proches aidantes de Proche aidance Québec
1 STATISTIQUE CANADA. Tableau 14-10-0194-01 Absence du travail chez les employés à temps plein selon le genre et la présence d'enfants, données annuelles, [En ligne], 2026.
2 MOLFESE, V.J., et autres. « Infant temperament, maternal personality, and parenting stress as contributors to infant developmental outcomes », Merrill-Palmer Quarterly, vol. 56, no 1, p. 49-7, 2010; DINH, H., et autres. « Parents' transitions into and out of work-family conflict and children's mental health: Longitudinal influence via family functioning », Social Science and Medicine, vol. 194, p. 42-40, 2017; LEACH, L. S., et autres. « Australian parents’ work–family conflict: accumulated effects on children’s family environment and mental health », Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, vol. 56, p. 571–581, 2021; LIM, Y. « Parents’ work-family conflict and children’s behavioral problems: Mediating roles of parental warmth and children’s executive function difficulties », Current Psychology, vol. 43, 2024, p. 7217-7234.
Notes de fin
i Les enfants ayant besoin de soutien particulier sont des enfants pour lesquels un soutien ou des interventions supplémentaires sont requis afin de s’assurer qu’ils atteignent leur plein potentiel et qui présentent une difficulté dans leur développement, diagnostiquée ou non, ou une incapacité pouvant entraîner une situation de handicap.
ii L’enquête a été menée sur le web par Léger et a permis de joindre 3014 travailleurs et travailleuses du Québec du 2 au 18 mai 2025. Les résultats ont été pondérés selon le genre, l’âge, la langue maternelle, la région, la scolarité et la présence d’enfants âgés de 0-5 ans et de 6-17 ans dans le ménage* de manière à les rendre représentatifs des populations à l’étude (travailleurs qui sont parents d’enfants âgés de moins de 18 ans et/ou proches aidants).
iii Selon la Politique nationale pour les personnes proches aidantes, on définit une personne proche aidante comme : « toute personne qui apporte un soutien à un ou à plusieurs membres de son entourage qui présentent une incapacité temporaire ou permanente de nature physique, psychologique, psychosociale ou autre, peu importe leur âge ou leur milieu de de vie, avec qui elle partage un lien affectif, familial ou non. ».
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