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	Le mot de Fannie : vivre la pandémie sans assurance maladie
1 juin 2020

Le mot de Fannie : vivre la pandémie sans assurance maladie

Cette lettre est parue dans la section DÉBATS de La Presse + le 29 mai 2020

Malgré notre système public universel de soins de santé, des enfants habitant au Québec n’ont pas accès à des soins couverts par l’assurance maladie en raison de leur statut d’immigration ou de celui de leurs parents. Il peut s’agir, par exemple, de familles en attente d’une réponse à leur demande de résidence permanente. Le traitement de ces demandes peut prendre de quelques mois à quelques années.

Depuis quelques jours, Jacob fait de la fièvre et pleure une bonne partie de la journée. Ses parents, Ingrid et Claude, sont inquiets et craignent que ce soit la COVID-19. Ils décident donc d’aller consulter un médecin. La bonne nouvelle : ce n’est pas la COVID-19. La mauvaise : il s’agit d’une otite et par conséquent, on leur demande de payer pour les frais de consultation aux urgences, qui sont de 720 $. Cette dépense imprévue représente presque les trois quarts de leur budget mensuel, qui est de 1000 $ pour couvrir toutes les dépenses de la famille, incluant le loyer.

Malgré notre système public universel de soins de santé, des enfants habitant au Québec n’ont pas accès à des soins couverts par l’assurance maladie en raison de leur statut d’immigration ou de celui de leurs parents. Il peut s’agir, par exemple, de familles en attente d’une réponse à leur demande de résidence permanente. Le traitement de ces demandes peut prendre de quelques mois à quelques années.

Pendant ce temps, si les parents veulent faire soigner leur enfant, ils doivent payer, et ce, même si l’enfant est né ici. Depuis le début de la pandémie, la Régie de l’assurance maladie du Québec a modifié certaines règles. En effet, les personnes dont le statut d’immigration ne donne pas accès à la couverture de la régie d’assurance maladie sont maintenant couvertes pour le test de dépistage de la COVID-19 ainsi que pour les soins médicaux et hospitaliers en lien avec la maladie. Les soins qui ne sont pas liés à la COVID-19 ne sont toutefois toujours pas couverts. Pourtant, les problèmes de santé comme les otites, les bronchites ou les infections urinaires ne prennent pas de pause, même en période de crise.

Perte d’emploi, insécurité alimentaire, confinement dans des logements trop petits : les familles vulnérables sont celles qui sont frappées le plus durement par la crise actuelle. Les familles immigrantes avec un statut précaire en font partie. Selon une étude montréalaise réalisée avant la crise, 66 % d’entre elles déclaraient avoir dû renoncer à des soins de santé parce qu’elles n’avaient pas les moyens de payer.
En plus de priver de jeunes enfants de soins dont ils ont besoin, cette situation peut faire obstacle au contrôle de la pandémie. En effet, des personnes malades pourraient décider de ne pas consulter par crainte de souffrir d’une autre maladie que la COVID-19 et se retrouver avec une facture qu’elles n’auront pas les moyens de payer.

Fannie Dagenais, directrice de l'Observatoire des tout-petits

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