Grandir avec la faim: un enjeu qui touche de plus en plus de tout-petits
Directrice de l’Observatoire des tout-petits
La faim tenaille un nombre croissant de personnes au Québec. Et de ce nombre, plusieurs sont des tout-petits. Des enfants âgés de 0 à 5 ans ont des besoins nutritionnels qui ne sont pas comblés, ce qui pourrait entraîner des répercussions importantes sur leur développement futur.
Selon les plus récentes données disponibles, c'est plus d'une famille avec tout-petit sur quatre (29 %) qui vivait de l'insécurité alimentaire en 2023. En comparaison avec l'année précédente, c'est une augmentation de 45 %. Cette situation est d'ailleurs plus fréquente chez les familles avec au moins un tout-petit que chez les familles sans enfant de 0 à 5 ans. C'est inquiétant, compte tenu des besoins nutritionnels des enfants en bas âge.
De plus, selon le plus récent rapport sur le coût du Panier à provisions nutritif et économique (PPNE) à Montréal, un outil développé par Alima, centre de nutrition sociale périnatale et diffusé chaque année à l'automne, le prix des préparations commerciales pour nourrissons a bondi de 129 % à Montréal depuis octobre 2021. Cette dépense essentielle et difficilement compressible peut accentuer la précarité alimentaire chez les tout-petits et ainsi ajouter du stress dans le quotidien des parents. Face à ces constats, il est raisonnable de penser que l'insécurité alimentaire perdure dans les familles de tout-petits en 2025.
Effets sur les familles de tout-petits
Cette situation est préoccupante, car l'insécurité alimentaire a des répercussions importantes sur le développement et la santé physique des tout-petits et ce, tant à court qu'à long terme. Par exemple, les enfants qui vivent de l'insécurité alimentaire risquent davantage de présenter des retards de développement cognitif, moteur et neurophysiologique, entre autres. Ils seraient également plus susceptibles de développer des maladies chroniques telles que l'asthme et des allergies à l'adolescence et à l'âge adulte.
Les parents en situation d'insécurité alimentaire sont bien souvent conscients qu'ils ne suivent pas les recommandations en matière d'alimentation pour leurs enfants. C'est davantage leur situation financière qu'un manque de connaissances qui les empêche de pouvoir offrir des aliments sains en quantité suffisante à leurs enfants. Certains parents doivent même se priver de nourriture afin que leurs enfants puissent manger, ou sont forcés de faire sauter des repas à leurs enfants.
Réduire l'insécurité alimentaire
Il est possible d'atténuer l'insécurité alimentaire par des mesures d'urgence, comme avec les banques alimentaires. Des initiatives déployées en milieu communautaire pour soutenir les femmes enceintes issues de milieux socioéconomiques défavorisés ont aussi démontré des effets positifs sur la santé du bébé à naître. Par exemple, elles réduisent les taux de bébés de petit poids, en plus de diminuer le risque de prématurité et de favoriser le succès de l'allaitement, des facteurs importants pour la santé des nouveau-nés.
Ces mesures sont essentielles, puisqu'elles ont des effets immédiats sur le développement des tout-petits en situation de vulnérabilité. Toutefois, elles ne rejoignent pas l'ensemble des familles en situation d'insécurité alimentaire.
Les études démontrent que soutenir le revenu des familles afin qu'il soit suffisant et stable est efficace pour réduire l'insécurité alimentaire de façon durable. De plus, les mesures pour faciliter l'accès à des logements abordables peuvent aussi améliorer la sécurité alimentaire des tout-petits. Au Québec et au Canada, il existe un lien étroit entre l'insécurité alimentaire et le coût du logement. Car lorsqu'on doit payer le loyer ou l'hypothèque et que le budget est serré, c'est trop souvent dans le panier d'épicerie que les familles doivent couper.
L'insécurité alimentaire est une des manifestations les plus tangibles de la pauvreté. Pour l'enrayer durablement, les tout-petits ont besoin de politiques publiques préventives à l'échelle nationale. C'est ainsi que nous pourrons, collectivement, nourrir le développement de chaque tout-petit, peu importe la situation socioéconomique de sa famille.
Julie Cailliau
Directrice générale de l'Observatoire des tout-petits